Un couple renonce à la PMA et se tourne vers l’adoption

Un couple renonce à la PMA et se tourne vers l’adoption

Étienne et Alix, couple hypofertile, ont décidé – pour des raisons humaines et éthiques – de renoncer à la fécondation in vitro et de se tourner vers l’adoption. La découverte d’une fécondité différente.

« Nous nous sommes mariés il y a 10 ans, avec le projet d’avoir une famille nombreuse. La fécondité en couple était pour nous associée aux enfants. Le don aux autres était aussi un projet, mais il ne faisait pas, selon nous, partie de notre fécondité.

L’enfant désiré n’arrivait pas

Nous avions 34 et 32 ans quand nous nous sommes mariés et nous nous sommes assez rapidement inquiétés du fait que, malgré notre attention dans le suivi du cycle et des périodes fertiles, l’enfant désiré n’arrivait pas. Nous avons donc effectué les investigations médicales habituelles. Celles-ci ont révélé un cas d’hypofertilité importante, rendant peu probable, mais pas impossible, la conception d’un enfant sans utilisation de techniques de procréation médicalement assistée. En l’occurrence, il nous a été proposé une opération que nous jugions acceptable mais que personne ne voulait pratiquer, ou de tenter des fécondations in vitro(FIV). Nous étions a priori opposés à cette technique, mais nous avons voulu y réfléchir pour vraiment la connaître et en voir les enjeux, face à notre désir d’enfant.

Nous avons élargi notre perspective

Nous nous sommes documentés chacun de notre côté, puis avons mis en commun le fruit de nos réflexions. Il semblait impossible à Alix de dire à notre enfant qu’il n’avait pas été conçu dans son ventre, mais dans une éprouvette. Quant à lui cacher la vérité, c’était hors de propos ! Pour Étienne, il était inconcevable de créer des embryons, d’en congeler certains, et éventuellement de se retrouver avec un enfant ayant des frères et sœurs potentiels congelés.

Notre souffrance par rapport à l’absence d’enfant était très forte, elle nous habitait en permanence et nous rendait malheureux. Devant la faible probabilité pour nous de concevoir naturellement un enfant, nous avons alors réfléchi à ce que nous souhaitions. Nous avons découvert que nous ne souhaitions pas rester sans enfant et avons alors élargi notre perspective. Ni l’un ni l’autre n’étions opposés à l’adoption. Nous nous voyions bien accueillir et accompagner un enfant blessé par l’absence de ses parents naturels.

Un grand soulagement

Après une session pour les couples en espérance d’enfants, grand fut notre soulagement de découvrir que notre souffrance était normale et entendue. Alors, nous nous sommes ouverts à la perspective de l’adoption et avons adressé une première lettre aux services sociaux.

En même temps, nous avons choisi de déménager. Nous habitions à un endroit, Étienne travaillait à un autre, Alix à un troisième ! Le soir, nous étions fatigués, conséquence de notre souffrance et de nos vies « dispersées » géographiquement ; nous n’avions plus le courage de sortir ou de mettre en œuvre de petits projets pour nous écarter de notre souffrance. Nous nous sommes dits alors : « Stop à la vie de cons ! Nous sommes appelés à vivre heureux maintenant et non « dans l’attente de … ». Nous avons choisi de déménager dans un appartement plus petit, sans chambre vide attendant l’enfant qui ne venait pas, mais situé à proximité du travail d’Alix et dans un quartier où nous nous sentions bien.

Des bouffées d’air

En dépit du manque d’enfant qui restait douloureux, notre vie a repris de la saveur, nous avons choisi de prendre du temps pour nous, pour nous « cocooner ». Nous avons repris vie au fur et à mesure en admirant des choses belles, en sortant à pied ou en vélo et en prenant le temps de vivre avec des activités culturelles et sportives. Nous avons également à cette époque rencontré d’autres couples dans la même situation, avec qui nous avons passé de bons moments. De bonnes bouffées d’air !

Nous prenions aussi du temps pour accueillir nos amis célibataires et leur proposer des activités le dimanche, afin de leur permettre de rompre leur solitude et d’agrandir leur réseau d’amis. Nous avons choisi aussi d’emmener nos filleuls une semaine en vacances l’été, et nous nous sommes retrouvés pour quelques jours dans la peau de parents d’ados !

À partir du moment où notre vie a commencé à changer, nous avons pu, en couple, accepter des engagements associatifs sans que cela ne soit une source de tiraillement entre nous. Notre recul vis-à-vis de la souffrance nous a permis de nous ajuster l’un à l’autre, et ensemble par rapport aux autres.

Cette période a aussi été l’occasion pour Étienne de prendre le temps de régler des difficultés personnelles et, pour Alix, de se donner pleinement dans un nouveau poste, en ayant la satisfaction de faire du bon travail. Notre fécondité était là, dans notre capacité à nous aimer nous-mêmes, à nous aimer l’un l’autre et à aimer les autres autour de nous.

Un petit garçon de 18 mois 

Nous avons obtenu un agrément pour l’adoption environ un an plus tard. Nous avons alors été mis en contact, une semaine après, avec un avocat ukrainien qui accompagnait des projets d’adoption. Un an après notre agrément – ce qui est très rapide -, nous rencontrions à Kiev un petit garçon de 18 mois qui attendait une famille dans un orphelinat. Quelques mois plus tard, nous retournions en Ukraine pour le jugement d’adoption, et début mars, nous allions le chercher pour le ramener définitivement en France.

Nous sommes, depuis cette date, les parents de Marc, qui a aujourd’hui 4 ans et demi et grandit bien. Notre famille nous comble tous les trois de bonheur. Par l’adoption, nous sommes devenus vraiment parents. La relation qui nous unit tous les trois est très forte, même si l’adoption constitue un accès différent et particulier à la parentalité.

Pour Marc, nous sommes ses parents, tout comme ses amis ou ses cousins qui ont leurs parents biologiques. Il connaît parfaitement son histoire, et celle-ci n’influe pas aujourd’hui sur notre relation avec lui. Au sens large, Marc a également des grands-parents, des oncles et tantes, des cousins et cousines qui l’ont pleinement accueilli.

Nous avons été guéris

En adoptant Marc, nous avons donné une fécondité nouvelle à notre couple. Nous lui transmettons tout notre amour et l’aidons à grandir pour devenir l’adulte qu’il est appelé à être. Au delà de l’épanouissement mutuel (celui de Marc et le nôtre) que nous apporte notre vie familiale, nous avons la certitude que notre vocation de couple est d’être les parents de Marc. Nous n’avons jamais regretté la décision de ne pas être parents biologiquement par le truchement de la médecine. Lorsque nous avons adopté Marc, nous avons été pleinement guéris de notre souffrance de couple sans enfant, même si des frustrations et des traces de la blessure demeurent.

Au-delà de notre expérience, nous avons de nombreux témoignages d’autres couples qui, comme nous, ne pouvaient pas avoir d’enfant, et ont trouvé leur fécondité ailleurs que dans une parentalité biologique, soit par le biais de l’adoption, soit par des vies accomplies dans le don aux autres, sans accueillir d’enfant.

Nous rencontrons aujourd’hui régulièrement des couples en situation d’infertilité et leur apportons cette espérance qu’ils ont une fécondité propre pour leur couple. S’ils ne la connaissent pas encore, ils peuvent la découvrir, et cette fécondité les rendra vraiment heureux. »

Étienne et Alix

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Catégorie: Actualités